Главная страница «Первого сентября»Главная страница журнала «Французский язык»Содержание №24/2007

Mon amie la langue française

Надежда БУНТМАН , Галина КУЗНЕЦОВА

Современная французская литература 1985-2005 гг. (лекция 8)

Introspection littéraire Les années 50-60 en France ont été marquées par une extraordinaire entreprise nommée Oulipo. Les membres de cette Association après avoir expliqué que toute littérature se fait sous contrainte (celles de l’alphabet, de la grammaire, du vocabulaire, du genre, de la règle des trois unités, des rimes, etc.) ont appelé à développer l’écriture littéraire en créant « systématiquement et scientifiquement » de nouvelles contraintes. Raymond Queneau, fondateur de l’Oulipo, explique qu’un auteur oulipien c’est « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir », un labyrinthe de mots, de sons, de phrases, de paragraphes, de chapitres, de livres, etc. Selon les oulipiens une contrainte, surtout très difficile, ne peut que stimuler l’écriture. Ainsi, Georges Perec que beaucoup d’écrivains d’aujourd’hui citent parmi ceux qui les ont influencés et formés a écrit son célèbre roman Disparition dans lequel, sur 300 pages, il n’a jamais employé la lettre « e ». Le mot-clé des oulipiens était le mot « JEU » : leurs trouvailles devaient faire plaisir à tout le monde et ils s’amusaient en faisant des clins d’œil aux lecteurs même si le sujet des livres était sérieux.

La deuxième forte secousse qu’a subie la littérature au XXe siècle a été portée, à la même époque, par le Nouveau Roman. Les nouveaux romanciers ont ébranlé les principes de base du roman : ils ont prouvé que l’intrigue, le personnage, les repères spatio-temporels ne sont pas du tout indispensables : un personnage sans histoire, sans nom, qui vit dans un lieu et temps indéterminés, dont on ne connaît ni le caractère, ni les désirs peut permettre de tisser un texte littéraire envoûtant et impressionnant.
À présent, au début du XXIe siècle les critiques littéraires constatent que l’influence de l’Oulipo s’est révélée très forte et vivace. L’écriture sous contrainte ne perd pas ses positions. D’une part, on réemploie les contraintes trouvées par les oulipiens. L’introduction des textes authentiques (lettres, affiches, articles de journaux, etc.) dans la trame du roman (sur l’exemple de Georges Perec) a été largement exploitée par Jean-Marie Gustave Le Clézio. Dans son roman Procès-verbal il insère la une d’un journal suivie de la fin d’un des articles, une page de manuel de Chimie organique :
« Réactions de substitution

Les atomes d’H peuvent être remplacés successivement par certains atomes de même valeur tels que Cl. Il faut soumettre à la lumière. (et le brome)(Br) », une liste de noms géographiques avec leurs coordonnées, etc.

C’est aussi le cas de Modiano dont les personnages sont souvent guidés dans leurs recherches par des textes oubliés : une liste d’endroits fréquentés, un Avis aux locataires datant du 18 janvier 1942, un extrait de registre :

« Entrées 19 juin 1942
439. 19.6.42. 5e Bruder Dora, 25.2.26. Paris 12e. Française. 41 bd d4Ornano. J.xx Drancy le 13 /8/42. », etc.

On retrouve plusieurs procédés oulipiens dans le livre d’Alexandre Jardin Le Petit Sauvage où l’auteur introduit des dessins faits à la mains, des bouts de lettres manuscrites, des textes typographiés sous la forme d’un vase ou d’une silhouette humaine. À la fin, en parlant de la cécité et de la mort de son héros l’auteur se met à écrire en blanc sur noir et termine le livre par trois grands points de suspension blancs sur une double page noire.
D’autre part, les écrivains d’aujourd’hui continuent à jouer avec les formes littéraires à commencer par le genre. Régis Jauffret écrit Autobiographie qui est sous-titrée « Roman », Daniel Pennac passe sans coup férir de la série des romans policiers (Gallimard noir) dans la prestigieuse série blanche tout en conservant son écriture particulière, ses personnages qui ne quittent pas leur XXe arrondissement de Paris. Ses livres pleins d’humour sont traduits dans de nombreuses langues.

Jean Échenoz, l’un des écrivains les plus importants de sa génération, s’essaie dans tous les genres du roman policier à la biographie (Ravel). Il excelle aussi dans le roman d’aventure et de voyage : ses personnages se déplacent constamment, géographiquement, chronologiquement, psychologiquement. Les livres de Jean Échenoz se lisent sans aucune difficulté, tiennent en haleine et secouent le lecteur, son humour provoque des éclats de rire. Cependant, il ne fait pas que jouer. Le romancier propose aux lecteurs plus compétents beaucoup de pistes de compréhension plus profonde faisant appel aux lectures précédentes et aux associations personnelles : clin d’œil à Perec, à Beckett et tant d’autres.

Antoine Volodine ne se contente pas des genres existants. Pour créer son monde « postapocalyptique » où « seule la ruine et l’horreur sont certaines, la torture et le totalitarisme omniprésents » il a besoin d’une littérature spéciale, étrange, basée sur une imagination affolante. Il écrit des chaggas, des romances, des narrats, des envoûtes, des récitats. Volodine trouve un terme particulier pour ses écrits : post-exotisme dont il est le seul représentant bien qu’écrivant sous des noms différents. Dans son livre Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze il explique : « Pour un narrateur post-exotique, de toute façon, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre la première personne et les autres, et guère de différence entre la vie et la mort. »
Volodine chante les mérites d’un de ses narrateurs : « Il inventa les concepts de voix muette, de sous-narrateur, de parole fictive, de contre-voix, de voix morte, de sous-réalisme, de polychronie, d’apnée narrative, etc. Toutes ces notions aussitôt facilitèrent l’analyse de nos textes et nous aidèrent à les concevoir, et à en améliorer l’efficacité mélodique, et à les. À les. À les aimer mieux. »

Les livres d’Antoine Volodine créent une antiutopie, un univers dont les rares habitants ne font que survivre sans espoir, sans issue.

Dans les pages d’Eric Chevillard surgit un monde autrement étonnant, réel et irréel à la fois. Grâce à sa fantaisie débridée le lecture ne cesse de s’étonner en trouvant dans ses œuvres des personnages indescriptibles et insaisissables, comme Palafox qui disparaît sans donner le mot de son énigme ou Crab dont on n’apprend même pas s’il est mort ou vivant. Dans les romans plus récents Chevillard décrit un monde plus réel tout en introduisant ces détails insolites qui le rendent immédiatement reconnaissable. Le romancier expérimente toujours avec la structure de ses écrits. Du hérisson raconte avec beaucoup d’humour l’histoire d’un écrivain qui a décidé d’écrire son autobiographie et a trouvé tout à coup sur sa table un hérisson « naïf et globuleux » qui l’empêche de travailler. Tout le livre est écrit comme un seul paragraphe dont les coupures sont marquées, pour divertir l’œil, par des blancs entre les passages qui commencent et se terminent au milieu de la phrase.

Christian Gailly se propose une autre contrainte, celle de la phrase. Il la décompose et déplace à sa guise ce qui attribue au texte une saveur tout à fait spéciale. Un des personnages du roman Les Oubliés doit annoncer la mort de son ami à la femme de celui-ci : « Lui qui avait si peur de la mort. Il se mit à regretter. Avant qu’il ne sonne à la porte de l’immeuble. Une jolie petite résidence récente. Des jardins tout autour. Les arbres encore jeunes. De ne pas être mort en même temps que Paul. » L’auteur bricole des phrases inachevées mais avec un point à la fin : « Il ne pouvait pas ne pas », « A bien fait de ne pas », « En tout cas, Brighton remonta dans la Saab et. S’engageant dans l’allée. Au pas, ça montait. Il suivit Moss », etc. Le sens du texte n’échappe pas au lecteur mais grâce à ce jeu avec la phrase il est plus impliqué dans le processus de la lecture.

Si Christian Gailly parle de choses sérieuses (la mort, l’amour) en jouant avec la langue, Jean-Philippe Toussaint au contraire emploie un style soutenu pour parler de choses insignifiantes, de faits minuscules de la vie. Dans son roman La Salle de bain le narrateur s’installe dans sa baignoire et écrit une sorte de journal dont les paragraphes sont bizarrement numérotés. Il marque les moindres gestes qu’il fait aussi bien que ceux des gens qu’il voit. C’est un homme jeune mais le lecteur n’apprend rien sur ses occupations et goûts sauf celui de passer son temps dans la salle de bain : « 46) Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, il n’y avait pas d’ostentation dans mon attitude. Non, je sortais parfois pour aller chercher une bière dans la cuisine, ou je faisais un tour dans ma chambre et regardais par la fenêtre. Mais c’était dans la salle de bain que je me sentais le mieux. Pendant les premiers temps, je lisais assis dans un fauteuil, puis – parce que l’envie me prenait de lire couché sur le dos – allongé dans la baignoire. »
Aujourd’hui, l’écrivain ne domine plus ses lecteurs, il n’est plus un maître à penser mais un homme dont le métier est d’écrire des romans. « Moi, écrivait Marguerite Duras, je ressemble à tout le monde. Je crois que jamais personne ne s’est retourné sur moi dans la rue. Je suis la banalité. Le triomphe de la banalité. » Il ne cache plus ses secrets professionnels, au contraire, il va au-devant du lecteur pour lui parler de son travail.
Les écrivains se réunissent pour des festivals et des colloques, ils vont voir leur public partout dans le monde et ils parlent de leur écriture. Ils s’expriment aussi largement dans leurs romans sur les difficultés qu’ils éprouvent pour accrocher, attirer, séduire le plus grand nombres de lecteurs et sur la nécessité de former un lecteur compétent. Ainsi, Jean Echenoz dit dans son interview au Matricule des anges (mensuel de la littérature contemporaine) : « Mais il (le roman Ravel) m’a renvoyé constamment à des oppositions formelles, musicales, quelque chose du côté de l’imparfait, des accélérations du passé composé, même s’il est écrit au présent. Je n’avais pas envie de jouer avec l’éventail considérable que proposent les temps grammaticaux du passé qui pourtant m’intéressaient beaucoup. »

Un personnage-écrivain dans le roman de Jean-Philippe Toussaint La Télévision raconte : « Déjà un début de phrase m’était venu en chemin en traversant le parc. Je me répétai la phrase mentalement, mes doigts s’apprêtaient à la taper sur le clavier. “Quand Musset, abordant sa nouvelle...” Non, cela n’allait pas, “abordant” n’allait pas. Je levai la tête et regardai le plafond. “Évoquant”, peut-être ? Non, “évoquant” n’allait pas non plus. “Quand”, par contre, me semblait assez bon. “Quand” était irréprochable, je trouvais. Et “Musset” c’était Musset, je pouvais difficilement l’améliorer. »

Un autre écrivain-personnage du roman d’Eric Chevillard Oreille rouge qui est invité au Mali pour écrire un poème sur l’Afrique médite et hésite longuement avant de se décider à placer les premiers traits dans son carnet. L’auteur commente : « Mais bientôt Oreille rouge va prendre goût à cela, à ce geste, ses ratures gagneront en épaisseur, en noirceur, en expressivité, comme s’il avait cette fois enfin trouvé sa voix, son style, sa manière d’inscrire son expérience des choses et de la vie, sa manière d’inscrire son expérience des choses et de la vie avec honnêteté. »

Marguerite Duras dans son texte intitulé Écrire parle ainsi du métier d’écrivain : « L’écriture c’est l’inconnue. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.

C’est l’inconnue de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelqufois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie. »


Jean Échenoz

Les Grandes blondes

Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu’un. L’hiver touche à sa fin. Mais vous n’aimez pas chercher seul, vous n’avez pas beaucoup de temps, donc vous prenez contact avec Jouve.

Vous pourriez, comme à l’accoutumée, lui donner rendez-vous sur un banc, dans un bar ou dans un bureau, le vôtre ou le sien. Pour changer un peu, vous lui proposez qu’on se retrouve à la piscine de la porte des Lilas. Jouve accepte volontiers.
Vous, le jour dit, seriez présent à l’heure dite au lieu convenu. Mais vous n’êtes pas Paul Salvador qui arrive très en avance à tous ses rendez-vous. [...]

Jouve et lui s’étaient retrouvés à la cafétéria du stade nautique, au-dessus des tribunes qui surplombent les bassins, sous le grand toit ouvrant transparent. Seuls revêtus dans cet espace de leur complets, gris clair pour Salvador et bleu marine pour Jouve, ils voyaient à leurs pieds s’agiter les baigneurs, observaient plus attentivement les baigneuses, chacun pour soi dressant une typologie de leurs maillots : les une et deux-pièces, les bikinis ou brésiliens, les prototypes à gaufres, à smocks, à fronces voire à volants. Ils ne parlaient pas encore. Ils attendaient leur Perrier-citron.

Salvador travaillait à cette époque pour une société de production de programmes télévisés, section divertissements et magazines que Jouve regardait tous les soirs avec son épouse. Grand individu maigre autour de quarante ans, Salvador n’avait pas d’épouse. Ses longs doigts pâles jouaient en toute circonstance entre eux cependant que, plus charpentières ou charcutières, les mains de Jouve s’ignoraient au contraire, s’évitaient avec soin, chacune enfermée dans sa poche la plupart du temps. Massif, dix ans de plus que Salvador et dix centimètres en moins, Jouve goûta prudemment le contenu de son verre : l’eau gazeuse et le citron s’harmonisaient à l’air chloré du stade nautique pour vous déterger les narines en douceur. Alors, dit-il enfin, c’est qui, cette fois ?

Exploitation pédagogique du texte
1. Le texte que vous avez lu est le début du roman Les grandes blondes. A qui s’adresse le narrateur en employant le pronom « vous » ?
• à Jouve
• à un autre personnage
• au lecteur.
Justifiez votre réponse en une phrase.
2. A quel genre littéraire peut se rapporter le roman ? Ce n’est qu’une hypothèse mais elle doit avoir une justification.
3. Quels sont les caractéristiques que le narrateur choisit pour décrire les deux personnages :
– voix ;
– odeur ;
– mains ;
– vêtements ;
– âge ;
– goût ;
– taille.

Sur quel procédé sont basées ces deux descriptions :
• comparaison ;
• métaphore ;
• opposition.
Formulez en une phrase l’effet que ce procédé produit.
4. Quel est l’effet que produisent les mots « charpentières » et « charcutières » mis ensemble ? Comment s’appelle cette figure rhétorique ?
5. Est-ce que la description de la piscine vous a paru :
– réaliste ;
– hyperbolisée ;
– ironique.
Justifiez votre choix en une phrase.

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