Главная страница «Первого сентября»Главная страница журнала «Французский язык»Содержание №7/2009

Arts et culture

La Ruche et les Russes

« La Ruche, cette grande fourmilière
russe du passage Dantzig. »

Pinchus KRÉMÈGNE

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Ossip Zadkine, La Ville détruite

La Ruche fut la première « cité d’artistes » de France, cité destinée aux peintres et sculpteurs désargentés.

C’est en 1902, qu’Alfred Boucher, un sculpteur d’origine modeste, qui en eut l’idée. Il récupéra, à sa fermeture, pour une bouchée de pain, des éléments de l’Exposition universelle de 1900, et, notamment, le Pavillon des vins de Bordeaux construit par Gustave Eiffel. Sa forme est celle d’une ruche qui donnera son nom au phalanstère, et les habitants en seront les « abeilles ».

La Ruche devient le rendez-vous de peintres et de sculpteurs avant-gardistes, dont, peu à peu, la renommée sera mondiale. Arrivées des pays de l’Est, Chagall, Zadkine, Soutine, Krémègne, Kikoїne ou Archipenko sont les plus célèbres.

Le premier locataire russe de La Ruche est Alexandre Archipenko arrivé de Moscou en 1908 après avoir suivi les cours des Beaux-Arts de Kiev. Il se lie d’amitié avec Fernand Léger. Sa famille lui ayant coupé les vivres, quand il ne peint pas, Léger bricole pour survivre : il travaille chez un architecte ou fait de la retouche chez un photographe. Les jours de disette, pour gagner quelques sous, les deux camarades de misère arpentent Paris avec une harpe et s’exhibent dans les rues et les cours de Paris. Léger joue, tandis que Archipenko, de sa chaude voix de baryton, chante des chansons russes et ukrainiennes.

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Alexandre Archipenko, Le Gondolier

En 1909, le Lituanien Jacques Lipchitz vient à Paris, en 1911 il devient locataire de La Ruche. Puis Ossip Zadkine, à qui son père a offert un billet de chemin de fer dans un mauvais train pour quitter Smolensk, vient découvrir la capitale française. Il ne parle que russe et anglais, il ne connaît personne, hormis le jeune peintre Victor Mekler, déjà là depuis une année. Avec une lettre de recommandation du comte Davidoff, Zadkine est admis à suivre les cours de l’atelier Enjalbert à l’École des Beaux-Arts. Il s’en lasse très vite, préférant la fréquentation de l’École Sainte-Geneviève où il tente de déchiffrer l’œuvre de Balzac avec un dictionnaire. Voilà comment il décrit sa première nuit à La Ruche : « Couché sur mon modeste grabat pour passer ma première nuit à La Ruche, je me sentis assez heureux malgré tout. Heureux d’avoir coupé la pauvre ficelle ombilicale qui me reliait encore à une institution. Je me sentais nu et nul encore mais prêt à commencer une nouvelle vie. Oui, je m’endormais heureux. » Zadkine ne reste que deux ans dans cet atelier, avant de déménager dans un premier studio 114, Rue de Vaugirard.

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La Ruche

En 1910, Marc Chagall vient à Paris. Grâce à Léon Bakst qui l’encourage à approfondir ses talents de peintre, et à la bourse lui offerte par Maxim Winaver, député de la Douma, Chagall quitte la Russie. Il s’installe à La Ruche, mais il ne se lie guère avec ses voisins, il reste secret, peint la nuit et, comme Soutine, jette par la fenêtre ses toiles qu’il juge ratées. Il préfère la compagnie d’intellectuels comme Guillaume Apollinaire ou Blaise Cendrars, qui, parlant le russe, trouvent pour lui les titres de ses tableaux et les traduisent en français. « C’est entre ces quatre murs que je suis devenu peintre », dira-t-il plus tard. En 1911-1912, Chagall peint un Hommage à Apollinaire, en octobre 1913, Cendrars lui dédie son poème Portrait :

Il dort
Il est éveillé
Tout à coup il peint
Il prend une église
et peint une église
Il prend une vache
et peint avec une vache
Avec une sardine
Avec des têtes, des mains,
des couteaux…

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Marc Chagall, La Dance

Pour échapper à cinq années de service militaire, Léon Indenbaum quitte la Russie en 1911, après avoir fait des études aux Beaux-Arts d’Odessa et apprit l’ébénisterie et la mécanique. De 1911 à 1920, il travaille chez Bourdelle et sculpte ses figures personnelles dans la pierre, le bronze, la terre cuite ou le plâtre dans son atelier de La Ruche. Chez lui, c’est une vraie volière, car il a la manie de nourrir de boulettes de pain les pigeons du jardin qui viennent se poser sur les sculptures.

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Michel Kikoïne, Nue

Une deuxième vague d’artistes étrangers apparaît bientôt, avec trois amis originaires de Biélorussie qui se retrouvent bientôt à La Ruche : Michel Kikoïne, Pinchus Krémègne et Chaïm Soutine. Pour survivre, Krémègne travaille la nuit aux abattoirs de Vaugirard. Kikoïne vit une année chez son cousin Joseph avant de s’installer à La Ruche et d’épouser Rosa Bunimovitz, sa camarade bien aimée du lycée de Minsk. En 1913, Soutine vient s’installer à La Ruche. Les années à La Ruche sont importantes pour l’œuvre de Soutine, car c’est là qu’il peint notamment ses premiers Coq, Poulet et Bœuf écorché, dont le modèle en chair et en os transporté dans son atelier à dos d’homme est un cadeau d’un des tueurs des abattoirs de Vaugirard. Krémègne se souvient des années passées à La Ruche : « À cette époque, à La Ruche, il y avait beaucoup de peintres russes, et, entre nous, il y avait une vraie fraternité. En ce temps-là, nous marchions beaucoup à pied de La Ruche, de la Porte de Versailles jusqu’au boulevard Saint-Michel pour trouver un camarade et le taper d’un franc, de 50 centimes… Quand nous avions de l’argent, rarement, nous avons partagé en communauté. Nous mangions des petits pains blancs en buvant du thé comme les Russes ont l’habitude de le faire. »

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Chaïme Soutine, Retour de l’école

Depuis cent ans, La Ruche est toujours à la même place. On peut encore visiter l’endroit aujourd’hui, joliment restauré à la fin des années soixante. L’ensemble est toujours une cité d’artistes, gérée par la fondation La Ruche Seydoux. Tous les ateliers sont occupés. Avec un peu de chance, on peut tomber sur un artiste qui vous ouvrira son atelier.

La Ruche, lieu de rencontre d’artistes venus de tous les pays du monde, les accueille toujours et leur ouvre « un débouché vers la réussite et la gloire ».

(d’après D. PAULVÉ,
La Ruche, un siècle d’art,
Catherine TRIOMPHE,
La Russie à Paris)


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Ossip Zadkine, Ange en feu

Marc Chagall, Amoureux au bouquet

Chaïme Soutine, Une fillette sur la haie


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Michel Kikoïne, Paysage

Michel Kikoïne, Oleo

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Pinchus Krémègne, Paysage

Chaïme Soutine, Vue de Cagnes

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